Carnets Des Rivières

Journal en quelque sortes, les carnets des rivières sont des séries de textes et photographies de voyages, paysages, natures mortes, nues etc, autour des mers, des rivières et des lacs croisés d'Aquitaine jusqu'en Amérique centrale.

  • En vérité tu est un héron, d'ailleurs, personne n'a jamais dit le contraire
    Guatemala, septembre 1998

    De la même manière dont tu t'es toujours retourné vers les silhouettes fuyantes des filles croisées dans la rue, tu te retournes vers chaque point d'eau aperçu sur ta route.
    C'est cette obsession que tu as toujours eu en toi avec ce même sentiment de frustration,
    les femmes, les rivières qui passent, que tu ne peux toucher ou posséder.
    Et comme tu essayes de mémoriser les traits de ces visages, ces poitrine, ces hanches et ces jambes, jusqu'à presque synthétiser cérébralement leur odeur de peau ou tenter de reconstituer des qualités humaines hypothétiques, à partir de démarches ou d'expressions fugitives que tu perçois d'elles en les croisant.
    De cette exacte même manière, systématique et maladive,
    tu tente au mieux de faire durer le contact visuel avec l'eau,
    tu suis du regard chaque étang, marécage ou morceau d'océan croisé, chaque rivière traversée.
    Tu attends d'autres ponts, tu les espères comme des miracles.
    Tu tentes d'en disséquer limpidité, fluidité,couleur,débit, profondeur, végétation qui accompagne.
    Tu formes des hypothèses sur ce que cette eau renferme en densité de vie, en métaphores possibles, en coins et en recoins.

    Alors tu voudrais t'arrêter, tu voudrais sentir, tu voudrais toucher, pêcher une heure ou deux, voir la couleur du fond, si c'est du sable, de la vase ou des galets. T'en imprégner, t'y noyer, y disparaitre à jamais. Tu voudrais savoir.

    Mais tu n'es pas libre, et tu sais seulement pourquoi tu photographies les rivières,
    En garder une image avec toi pour apaiser cette frustration là, cette torture de ne pouvoir sauter du train en marche.
    Mais ça ne remplace pas,
    tu n'es pas libre et cela fais de toi un névropathe aquatique,
    En vérité je te le dis, tu n'es qu'un héron raté.
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  • Où [la rivière] tu transformes tes fantasmes en règles de vie.
    Dordogne, août, 2000
    Les eaux usées du Condat, les cadavres des aloses qui redescendent, bois l’eau du fleuve où tu navigues, bois jusqu’à plus soif, jusqu’à être fait de la même eau, elle te hante et c’est un moindre mal, tu lui appartiens en entier, et la rivière entière t’appartient.

    Tu manges la tête des éperlans, les yeux des petits poissons, tu croques, tu dévores. Pour avoir en rêve ce qu’ils ont vu au fond de l’eau, tu fais bien pire encore.

    Pour quelques raisons obscures, tu ne crois en dieu qu’au mois de mai, parfois même jusqu’à mi-juin, mais le reste de l’année ? Il te faut croire aux esprits des rivières et de la terre, de la forêt qui accompagne, à celui de quelques femmes aussi. Dévore la chaire pour être chair, Bois l’eau du fleuve pour être fleuve, Il faut bien devenir quelque chose.

    Tu as tes rivières sacrées,tu y nages comme d’autres iraient à Lourdes pour ablutions, mais tu n’en reviens pas indemne, tu y laisses toujours quelque chose, peut-être y es-tu soluble.

    Aux taches d’encre que te présentait ce psy, tu as répondu : dytiques, larves de libellule, mandibules, tritons, chrysalides, nymphes et mouches de mai. tous ces êtres qui peuplaient les mares et cauchemars de ton enfance Ça a gentiment suffit à te faire exempter du service national. Bien joué.

    Dans l’eau, tu as soudainement pris conscience que ta sexualité avait changé, de black-bass tu es devenu brochet.

    Tu te dénies aujourd'hui tout droit de mort sur les êtres sauvages que tu adores. Tu rends les truites à la rivière après les avoir embrassées, c'est que tu aspires à leur paradis, eaux bruyantes et limpides de tes ruisseaux du Périgord. Et jamais plus tu ne tueras un vieux brochet car il est l'âme de ta rivière, tu ne veux plus de ce sang la sur tes mains, mais des glaires odorantes et tenaces, oui.

    Il y des filets d’eau parcourant les champs, emplis de vairons et de vie que tu peux enjamber, plus large la Crempse ou l’Auvézère, fluide et couverte d’or. L’Isle et l’Adour que tu maîtrises encore et dont la rive opposée n’est jamais qu’à portée d’une main ou d’un lancer de canne à mouche. Et il y a ce fleuve large et profond, que tu aimes et qui t’aime, qui n’est, chaque fois ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre... Une femme brune aux larges hanches et à la peau multiple,
    Ta Dordogne.

    Ne te demande pas le pourquoi de cette attribution des genres, un ruisseau, une mare, une rivière, un marécage, l’océan, la méditerranée, la molécule androgyne, un élément neutre : c’est au choix et ça te va très bien comme ça, contente-toi de boire.

    Il y a eu ces tentations mortifères où des serpents d’eau, filant d’entre tes jambes, s’enfoncent bien au-delà de ta perception, Et cette angoisse que tu ressens quand tu ne les vois plus. Quand la nature par métaphore te fait bien comprendre Que tout t’échappe. Tu voudrais plonger à leur poursuite mais quelque chose te retient à la rive, L’infime partie de toi accrochée à la berge et refusant de sombrer dans les eaux et le sauvage, quand le reste de ton corps aspire à disparaître. Cette maudite main qui veux rester parmi les vivants, Parmi ceux que tu aimes et ceux qui t’aiment.

    Contente-toi de boire. Elle va de sa source vers l’aval, à cette vitesse exponentielle, et tu n’as pas de prise. L’eau, comme le temps. Alors, si tu avais mis autant d’énergie à gagner du fric plutôt qu’a courir la chatte et les rivière, et bien tu serais riche aujourd’hui. Mais voilà tu contemples, et tant pis si ton banquier fait la gueule. Tu es hanté par les eaux et c’est un moindre mal.
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